La campagne d’été

Une semaine passe. Puis deux, puis trois. On arrête de compter, on cesse de lutter contre le courant et on s’abandonne entièrement à l’île des Pétrels, corps et âme. Et on se retrouve un 16 janvier à se dire sur un ton presque nostalgique : « Deux mois déjà ». Oui. Deux mois déjà. Deux mois que ce paysage ne cesse de nous surprendre, modelé et remodelé chaque jour par le soleil et le vent, à l’image d’un couple de sculpteurs perfectionnistes. Hier la banquise, aussi dure que de la roche, nous reliait au continent telle une ancre. Aujourd’hui la mer, les manchots qui s’y baignent, les oiseaux qui la survolent, les léopards qui chassent, la houle…

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Deux mois que des gens arrivent et repartent, que des relations se font et se défont au gré des rotations de l’Astrolabe. Les hivernants de la mission précédente sont partis, nous laissant aux commandes de la base de Dumont d’Urville. Les adieux, à ces personnes avec qui nous avons parfois tant partagé, tant vécu, nous font prendre conscience de l’éphémère de la situation. Un jour, nous serons eux, et quitterons cet endroit chimérique que nous n’avons pas encore dompté. Je doute d’ailleurs que ce ne soit jamais le cas.

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Chargement de l’Astrolabe durant la rotation R2

Mais cette épée de Damoclès se fait vite chasser par l’appréciation de l’instant présent et de l’explosion de vie sur l’archipel. Les crèches de poussins Adélies qui se forment, les allers et venues des parents qui vont chercher de quoi les nourrir en mer… Un nouveau cycle commence, pour eux comme pour nous. Deux mois que nous les observons jour après jour et que nous nous étonnons de leurs gestes.

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« Tu ne trouves pas que cela ressemble à un ballet de manchots ? »

Deux mois et déjà tant de souvenirs.

Allongés dans la neige à écouter les vocalises des empereurs.

La base de Dumont d’Urville et l’Astrolabe à quai depuis le sommet de l’île de Bernard.

La banquise craquant sourdement sous nos corps.

L’écume soufflée se transformant en vagues de glace…

Ces contemplations silencieuses valent tout l’or du monde. Et bien plus encore.

Une réflexion sur “La campagne d’été”

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