Le départ

C’est l’heure du départ. Des au revoir. Calme à l’extérieur mais bouillonnant d’impatience à l’intérieur. Faire sa valise devient presque une formalité tant l’appel de l’inconnu se fait ressentir de façon claire et intense. Le train s’éloigne du quai de la gare, de ma famille, de mes amis, de la Bretagne et en quelque sorte, de ma vie actuelle. L’avion se chargera de m’arracher à la France, et le bateau du monde entier. Étrange sensation de se sentir flotter à la frontière de deux univers différents.

Alors que je prenais la ligne 6 du métro de Paris hier soir et que défilaient devant moi d’immenses immeubles noirs, quelques salons éclairés laissèrent entrevoir des parcelles de vies. J’ai alors réalisé que le monde allait continuer de tourner en mon absence, que de nombreuses personnes allaient changer sans moi, et que c’était pour le mieux. Car  moi aussi j’allais changer, et que cette séparation serait l’occasion de se découvrir à nouveau !

trajet

Nous décollons à Roissy Charles de Gaulle le 30 octobre en fin de journée. 12h de vol jusqu’à Hong Kong, 9h30 jusqu’à Sidney, et 2h pour arriver jusqu’à Hobart. Une fois arrivés au port de la ville, nous dormirons sur l’Astrolabe qui lèvera l’ancre à l’aube, sous réserve des conditions météorologiques. La traversée est estimée à une dizaine de jours, durant laquelle nous passerons par l’île Macquarie où un ravitaillement de la base australienne est prévu.

C’est le départ, le vrai.

Lorsque le désir résiste aux premières atteintes du bon sens, on lui cherche des raisons, et on en trouve qui ne valent rien. La vérité, c’est qu’on ne sait nommer ce qui nous pousse. Quelque chose en vous grandit et détache les amarres, jusqu’au jour où, pas trop sûr de soi, on s’en va pour de bon. – Nicolas Bouvier

La formation

Sur le point de partir vers Strasbourg afin de débuter la formation instrumentaliste, un e-mail nous informe, d’autres hivernants et moi-même, que les deux premières rotations  du bateau sont fusionnées pour des raisons logistiques suite à l’affectation du nouvel Astrolabe. Prise de conscience soudaine que mon départ va s’effectuer un mois et demi plus tôt : le 30 octobre au lieu du 20 décembre initialement prévu ! Sans avoir le temps de réfléchir à ce que ce décalage implique, je me retrouve catapulté sur le campus de l’université de Strasbourg à découvrir deux des programmes scientifiques auxquels je vais contribuer sur place, ainsi que les personnes qui les coordonnent. Ce sera également l’occasion d’apprendre à connaître les informaticiens des autres districts des Terres Australes; Jibé, Cyprien et Romain; avec qui j’effectuerai l’intégralité de ma formation. Le temps est à l’apprentissage et aux nouveautés. Les généralités échangées, on nous emmène au chalet du Welschbruch dans lequel nous sommes logés. L’endroit ne manque pas de charme, situé dans les Vosges et à 15 minutes en voiture de la ville la plus proche, Barr.

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La bâtisse est rustique, mais chaleureuse, où il fait bon vivre (et manger) ! La formation, tant sur le côté théorique que pratique, est très intéressante et nous prenons rapidement en main les outils qui nous permettrons d’effectuer nos mesures sur place.

Et le cadre… le cadre est idyllique. Après avoir passé de trop nombreuses semaines en métropole, on en oublie facilement la simplicité mystérieuse qui se cache en pleine nature, et on se réjouit alors silencieusement de pouvoir parcourir avec des yeux d’enfants les paysages qui s’offrent à nous. Mais le plus impressionnant reste encore la faune qui peuple ces monts et vallées avec une concentration telle que je n’aurai pu l’imaginer. Des dizaines de sentiers sillonnent les futaies au départ du chalet et il suffit d’en emprunter un durant quelques minutes pour découvrir avec émerveillement la vie foisonnante des bois environnants.

Une laie et sa portée de marcassins retournant la terre à la recherche de tubercules, des biches volatiles dont l’odeur si caractéristique pourrait à elle seule définir celle de la forêt, ou encore des cerfs dont le brame guttural résonne à des kilomètres à la ronde et impose le respect. Tout ceci nous place au milieu d’une parenthèse sylvestre dont on appréciera chaque instant, conscients que l’écosystème dans lequel nous allons bientôt évoluer sera radicalement différent.