Les préparatifs

Une fois l’annonce de ma sélection assimilée, la pression est retombée. Je respirais enfin, et à pleins poumons. Je me souviens avoir regardé le calendrier : nous étions alors le lundi 22 mai 2017 et en tablant sur un départ en décembre pour ces latitudes extrêmes, cela me laissait au bas mot six mois d’attente, dont deux consacrés à ma formation. Je me suis donc laissé bercer par des sentiments contradictoires, tiraillé entre cette certitude du départ et cette incapacité à me l’imaginer. Il était bien trop tôt pour ça. Impatient, j’ai sondé de long en large les blogs des hivernants actuels à la recherche de chaque détail qui pourrait m’aider à visualiser ce à quoi ressemblera ma vie, là bas. Aurores australes, nuits polaires, manipulations d’oiseaux, expéditions, vie commune… Rêveries. Puis l’été est arrivé, avec ses voyages, ses retrouvailles, son soleil (oui, oui, même en Bretagne !), et tout s’est accéléré.

De nombreuses démarches administratives à effectuer, un dossier très complet à remplir (assurance complémentaire, visa maritime Australien…) mais surtout une logistique drastique afin de planifier l’envoi de mes affaires en Antarctique. En effet, chaque hivernant a la possibilité d’expédier jusqu’à trois malles pour une masse totale de 120 kilos. Une fois les contenants sélectionnés (trois cantines métalliques pouvant s’emboîter les unes dans les autres une fois vidées), il faut encore savoir avec quoi les remplir !

IMG_0293

Savon, shampoing, dentifrice et brosses à dents pour tenir 14 mois. Des vêtements d’intérieurs et de l’équipement d’extérieur afin de compléter celui fourni par l’IPEV, comme des crampons en acier adaptables aux chaussures (sur des paires de running par exemple, soyons fous…), des moufles mitaines pour pouvoir prendre des photos sans enlever ses gants à chaque prise, un sac de randonnée, un thermos inox… La liste est longue ! De quoi s’occuper pendant le temps libre, également : des carnets de croquis pour dessiner, des cahiers pour écrire, et beaucoup (trop ?) de livres. Un télescope (cadeau sensationnel de fin de contrat) que j’ai tant bien que mal réussi à répartir en pièces détachées dans les différentes malles, et bien sûr de la nourriture pour mettre un peu de baume au cœur ! Du café, du chocolat ainsi qu’une excellente bouteille de whisky (pour les froides nuits d’hiver) mais également et surtout des palets bretons, du kouign-amanndu caramel au beurre salé et du chouchen, pour promouvoir comme il faut la Bretagne !

Emballer, protéger, peser, enlever, rajouter, trier… Finalement, c’est 117 kilos qui rentrent in extremis dans ces cantines métalliques, qui furent déposées le 28 août à l’institut polaire français de Brest. Prochaine et dernière véritable étape avant le départ : ma formation de deux mois qui débute à l’EOST de Strasbourg le 11 septembre !